Régionale
Baie-des-chaleurs
Lieux de mémoire
Avant-Propos

L'Association Québec-France en accord avec la Commission franco-québécoise sur les lieux de mémoire communs, a mis en branle une action de reconnaissance des lieux et personnages ayant marqué l'histoire du Québec. Aussi cherchons-nous à honorer des ancêtres français qui ont contribué par leurs actions à faire le Québec moderne.


Que ces personnages soient illustres (Jacques Cartier, Champlain, Montcalm...) ou simples citoyens, cela importe peu, l'important étant la marque de leur passage au pays. Comme nous parlons de lieux de mémoire communs, il s'agit d'identifier ces lieux de diverses manières, nom de rue, de jardin, de parc, plaque commémorative, stèle, maison ou édifice autant du côté français d'où ils proviennent que du côté québécois où ils se sont illustrés.


Dans la Baie-des-Chaleurs, la régionale de l'Association a décidé de mettre en honneur le docteur Charles-Marie Labillois dont les descendants sont toujours présents à Nouvelle. De même à Ploërmel en Bretagne d'où il provient. Le texte qui suit a pour but de présenter brièvement aux lecteurs, le docteur Labillois.

Charles-Marie Labillois 1793-1868

Charles-Marie est né à Ploërmel, en Bretagne, le 8 juillet 1793, quatre ans après le début de la Révolution française, en pleine période dite de la Terreur -période ou l'on guillotina autant les aristocrates, dont le roi en janvier, que les révolutionnaires révisionnistes. Charles-Marie était le fils de Jean-Pierre Labillois, greffier de la municipalité et secrétaire de district -fonction créée par la Révolution qui consistait à voir au civisme des citoyens et au ravitaillement de la population - et de Perrine-Sainte Gaillard de Kerbertin -famille de haute bourgeoisie bretonne.

Charles-Marie, malgré l'époque tumultueuse dans laquelle il naquit, obtint une formation scolaire de qualité car à l'âge de seize ans, en 1809, il s'inscrivit en médecine à Rennes. Napoléon règnait impérativement sur la France lorsqu'il obtint son diplôme de la Société d'instruction médicale, le 15 juin 1811. Trois jours plus tard il reçut une attestation d'études en chirurgie. Il avait alors 18 ans. La France étant en guerre Charles-Marie reçut l'ordre de s'embarquer sur le S.M.Wagram à Toulon à titre de chirurgien auxiliaire. Il y restera jusqu'à la fin des hostilités et la chute de Napoléon en 1815. Pour des raisons inconnues il vint s'installer en Gaspésie, l'année suivante, à Saint-Joseph-de-Carleton.


Il n'existe que peu de documents faisant état des activités de Charles-Marie en Gaspésie. Le 14 octobre 1816 il épousa à Saint-Pierre d'Halifax, Amelia Meagher, fille de John Meagher et d'Anastasie Dugas. La famille Meagher, irlandaise et catholique s'était installée au pays en 1764 suite à la Conquête britannique et les Dugas était une famille acadienne qui avait connu la déportation et était revenue s'installer à Arichat, en Nouvelle-Écosse. La famille Meagher vint s'installer à Carleton en 1824. Labillois, par son alliance aux Meagher, se joignit à la bourgeoisie locale, Lebel (notaire), Verge (marchand et agent des terres), Clapperton (homme d'affaires).


Charles-Marie Labillois et Amelia Meagher eurent 11 enfants :
  1. Charles-Augustin le 19 août 1817.
  2. Marie-Émélie née le 31 mars 1819. Elle épousa Joseph-Nelson Verge le 21 mai 1838.
  3. Aimé né le 12 novembre 1821. Il épousa Marie-Gilette Normandeau le 14 janvier 1850.
  4. Marie-Anne née le 5 septembre 1823. Elle épousa Patrick Greene le 27 avril 1841.
  5. Anastasie née le 28 décembre 1825.
  6. Joséphine née le 15 août 1827. Elle épousa Théophile Alain le 15 septembre 1846.
  7. Joseph-Hilaire né le 26 septembre 1829. Il épousa le 31 mars 1856 Angélique-Malvina Cullen et en 2e noce Marie-Anne Harper le 6 juin 1861.
  8. Jean-Jacques né le 1er mars 1832. Il épousa le 13 avril 1863 Mary-Ann Hogan.
  9. Marie-Catherine née le 7 août 1834. Elle épousa le 15 février 1858 Joseph-Aimé Leblanc.
  10. Jacques-Alexandre né le 17 août 1836. Il épousa Marie-Anne Allard le 14 février 1860.
  11. Esther-Anne née le 29 décembre 1839. Elle épousa le 14 mai 1861 Charles Cullen.

Les Labillois se sont établis à Miguasha vers 1827. Charles-Marie exerça la profession de médecin, d'abord en Gaspésie de 1817 à 1849 puis au Nouveau-Brunswick dans le Lazaret de Tracadie (léproserie) vers 1849 jusqu'en 1851. En 1864, Charles-Marie Labillois fut décoré de la médaille Sainte-Hélène du gouvernement français pour avoir servi la France durant les guerres napoléoniennes de 1792-1815. Il poursuivit son travail de médecin jusqu'à sa mort.
Charles-Marie Labillois est décédé le 16 septembre 1868 à l'âge de 76 ans.

Source : Charles-Marie Labillois. Le médecin oublié 1793-1868, Réginald Day, Les cahiers du
septentrion. 1995.


Henry Mounier (1730-décédé après 1788)

Pierre-Henry Mounier est né le 7 mars 1730 à Cognac (Charente, France) d'une famille de 16 enfants. Il était le fils de Jean-Adam Mounier, négociant de l'endroit, et de Jeanne-Françoise Mounier. Les Mouniers étaient des Huguenots, des protestants français, et cette famille avait des ramifications et de la parenté principalement à Cognac, St-Maixent, Jarnac, Limoges et La Rochelle.

Henry Mounier affirme lui-même être arrivé au Canada en 1749, soit vers l'âge de 19 ans. Avec son frère Jean et son cousin François, il vient ainsi rejoindre leur oncle Jean-Mathieu Mounier qui commerce déjà depuis quelques années avec Québec et des compagnies huguenotes établies à La Rochelle et Bordeaux.


Au lendemain de la Conquête britannique en 1760, les Huguenots ont soudain une plus grande liberté d'action qu'ils n'avaient eut jusqu'alors, même du temps de la Nouvelle-France. Tout de suite après la Conquête, Henry Mounier tente de profiter pleinement de l'opportunité qui s'offre à lui avec ce changement politique. Le 30 septembre 1761, il loue une maison sise dans la rue du Sault au Matelot à Québec. L'année suivante, il épouse sa propre cousine et soeur du conseiller François Mounier, Marie-Anne-Thérèse Mounier.

En 1765, Henry Mounier acquiert une propriété à Beauport et il essaie à plusieurs occasions de la vendre. L'acharnement que Mounier met à vendre sa propriété de Beauport entre 1766 et 1769 de même que la fin de son association avec Joseph Launière vers la même période indique assez bien l'intention du négociant huguenot de quitter la région de Québec. En fait, dès ces années, Henry Mounier est déjà actif ailleurs et a des visées sur un tout nouveau et grand territoire : la baie des Chaleurs.

Établissement à Tracadièche. Il est difficile de préciser à quand remonte exactement le premier voyage d'exploration du négociant. Dans une lettre envoyée au gouverneur Guy Carleton et datée à Québec le 9 mai 1770, il indique " qu'à sa réquisition et à ses dépenses il a établi & entretenu depuis 1765 divers habitans à Tracadiès dans le fond de la baye des Chaleurs[...] ". Ce serait que 6 ans plus tard, soit en 1771, qu'il s'y fixe définitivement.

Depuis 1764, le négociant réclame une concession de terre à Tracadièche, qu'il situe plus exactement entre " la Rivière à l'Éperlan & le grand Caskapébiac n'étant point encore concédée ", preuve qu'il connaît déjà l'endroit à cette époque. Ce n'est cependant que 3 ans plus tard, le 26 août 1767, que la Cour d'Angleterre lui accorde un Mandamus (genre de document officiel) lui donnant le droit de prendre 10 000 acres de terre non concédés ou arpentés dans la province de Québec afin d'y ériger un établissement sous certaines conditions dont : que le tiers de sa terre soit habitée de Protestants d'ici trois ans, faute de quoi la concession retournera au gouvernement. Il est bien évident qu'à la lecture de cette condition, le projet d'établir sa seigneurie à Tracadièche est condamné d'avance à l'échec. Si Mounier attire des habitants, ce sont principalement des Acadiens réfugiés sur les rives de la baie des Chaleurs au lendemain de la Bataille de la Ristigouche en 1760.

Malgré tout, le négociant persiste encore pendant plusieurs années à réclamer ses titres. Pas chanceux avec sa seigneurie, Mounier ne l'est davantage sur le plan du commerce. En effet, en 1779, des corsaires américains pillent et saccagent plusieurs établissements dont les installations de Mounier. Il affirme " que les Américains y auroint fait une descente et lui auroint fait tant de tort, qu'outre le pillage de ses biens et la perte de ses crédits, il eut peu de temps après, par les tristes suites de leur maltraittement, le malheur de perdre son épouse ".

Les Huguenots étaient des marchands avertis ainsi que des experts en navigation. À Tracadièche, Mounier effectue du commerce autant avec Québec que les Antilles. De plus, c'est le premier à effectuer à Tracadièche de la construction navale à grande échelle et à inaugurer du même coup cette longue tradition maritime à Carleton.

En raison de ses multiples malheurs et revers, Mounier quitte définitivement Tracadièche vers 1787-1788. On note dans un ancien livre de compte conservé au presbytère de Carleton que l'Église lui doit encore une somme d'argent en 1787. La dernière mention d'Henry Mounier date du 18 juillet 1788. Il est alors en exil à Londres où il écrit une lettre expliquant ses déboires et demandant de l'aide à un certain James Hutton. On perd sa trace par la suite. Est-il décédé en Angleterre ou en France? Serait-il retourné au Québec?

Même si Henry Mounier n'a resté qu'une quinzaine d'années à Tracadièche, le rôle qu'il a joué reste tout de même important. Par ses activités commerciales, il y a attiré de bonne heure des habitants et a procuré du travail à plusieurs d'entre eux. Sans dire qu'il est le fondateur du lieu, sa présence a fortement consolidé l'endroit en tant que port et poste de pêche dynamique sur la rive nord de la baie des Chaleurs. En lui rendant hommage et en redonnant vie à ce personnage plutôt méconnu mais combien fascinant, on se retrouve à renouer du même coup avec une partie intéressante de notre histoire.

Texte et recherche : Sylvain Boudreau, Carleton (Québec)


Les Soeurs de Saint-Paul-de-Chartres


La congrégation fut fondée à la fin du XVIIème siècle par l'abbé Chauvet, curé de Levesville-le-Chenard, dans la Beauce appauvrie par des guerres successives. L'abbé Chauvet réunit autour de Marie-Anne de Tilly quelques filles de la campagne animées du désir de chercher Dieu et de servir leurs frères surtout les plus démunis.

 

Marie-Anne forme ses jeunes compagnes en vue de leur mission. Travailler à élever le niveau humain et spirituel du village en éduquant les filles et en visitant les pauvres et les malades. En 1708, l'abbé confie la congrégation naissante à l'évêque de Chartres qui lui donne une maison, un supérieur, un modèle la Vierge Marie, et le nom de l'apôtre Paul. En 1727, départ de quatre Soeurs à Cayenne, la première mission.

Aujourd'hui, quatre mille Soeurs de Saint-Paul-de-Chartres continuent la mission dans près de trente pays, répartis sur les cinq continents.
Simples dans l'audace missionnaire, disponibles aux appels du monde, appelées à vivre dans la pauvreté et l'humilité, rassemblées en communauté fraternelle. " Pour la Gloire de Dieu, le bien de l'Église et l'utilité du prochain. " (texte du testament de Marie-Anne de Tilly).

En 1929, le Très Honorable Alexandre Taschereau, Premier ministre de la province du Québec, dans une visite en Gaspésie, touché par la misère de la population, promet un hôpital pour la région de Sainte-Anne-des-Monts. Cette offre répond aux besoins urgents. Mais il y a une condition : trouver une communauté qui se chargera de l'organisation et de son bon fonctionnement. Ce qui n'est pas facile. Plusieurs communautés canadiennes avaient décliné l'offre.

Janvier 1930, deux Soeurs de Saint-Paul-de-Chartres (en France) prennent leur billet pour le Canada. Mère Louise-Amélie et soeur Angèle de Saint-Pierre. Arrivée à Québec, ces deux religieuses, par l'entremise de Mgr F.-X. Ross, Évêque de Gaspé, acceptent de venir en Gaspésie, à Sainte-Anne-des-Monts, une modeste paroisse.

La première oeuvre des Soeurs de Saint-Paul-de-Chartres en terre canadienne est l'ouverture d'un hôpital à Sainte-Anne-des-Monts en Gaspésie. La péninsule est une région éloignée des grands centres, où déjà plusieurs communautés ont renoncé à aller s'implanter. En 1930, les routes de gravier sont cahoteuses, pas d'asphalte, pas de train, pas d'électricité, et la pauvreté y règne.

Il faut de l'audace, de l'espérance et beaucoup d'abandon à la Providence pour débuter une telle oeuvre: prendre soin des malades, soulager la souffrance, aider au mourant, ou encore accueillir un nouveau-né.

Au début, il n'y avait que la partie centrale pour abriter la communauté, le Noviciat qui débutait, et accueillir les malades. Très vite, il a fallu songer à agrandir.

L'arrivée des Soeurs de Saint-Paul-de-Chartres à Maria en 1938 marque sans doute le début de cette aventure menant à l'implantation d'un hôpital à Maria. On sait maintenant que, bien avant le premier hôpital temporaire, le couvent sert de petit hôpital pendant deux étés de suite pour des opérations mineures.

La première difficulté sera de convaincre l'élite religieuse et civile du temps de la faisabilité du projet. La deuxième grande difficulté, sera de décider à quel endroit sera construit celui-ci. On le sait, les tiraillements dans la région sont nombreux lorsque survient un projet susceptible de générer du développement dans un village. Des chicanes de clochers ne manquent pas non plus lorsque le projet de l'hôpital est suffisamment évolué dans les esprits. Des retards sont attribuables aux pressions politiques divergentes entre les rouges et les bleus qui favorisent tantôt New Richmond, tantôt Carleton au détriment de Maria choisi en premier lieu.

Un élément déterminant dans le dilemme que les autorités gouvernementales ne réussissent pas à trancher, sera l'appui conditionnel des Soeurs de Saint-Paul-de-Chartres à un projet d'hôpital pour la région : " Nous n'irons qu'à Maria ". Les Soeurs ne veulent pas disperser leurs actions et préfèrent se regrouper près de leur couvent. L'autre élément sera certainement l'ouverture sans permis d'un premier hôpital dans la résidence du Dr Martin. Il deviendra désormais difficile, voire impossible, de déloger l'hôpital de Maria, les autorités gouvernementales étant mises devant un fait accompli. L'origine de l'idée d'un hôpital dans la région vient très clairement de Maria et, après diverses hésitations, on s'entend désormais pour un hôpital à cet endroit.

L'oeuvre prendra de l'essor et continuera à se développer grâce à l'appui de tout le milieu.

Les Soeurs de Saint-Paul ont oeuvré avec beaucoup d'audace depuis 75 ans dans le monde hospitalier et de l'éducation, et ce, dans toute la région gaspésienne.

La commémoration s'est déroulée dans deux endroits soit : Sainte-Anne-des-Monts et Maria. Les 10 et 11 juillet 2005.

Les deux régionales Baie-des-Chaleurs et Côtes-de-Gaspé ainsi que la Ville de Sainte-Anne-des-Monts, le Centre de santé et de services sociaux de la Baie-des-Chaleurs, les Soeurs de Saint-Paul-de-Chartres et la municipalité de Maria ont collaboré étroitement à la commémoration.


Source : extrait du Magazine Gaspésie automne 2006
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